Démarche artistique

« Être artiste pour moi, c’est à la fois une attitude et un choix de vie. C’est donner du sens à chacun de ses actes, dans la relation à soi-même, dans la relation entre les humains, et dans la relation entre nous les humains et notre planète »(*). Par les créations qui en découlent, Nikita Collienne entend prendre sa responsabilité dans la société, participer à la recherche et au combat pour plus d’équilibre, contribuer à construire un sens commun. Ce sens commun, cette quête d’un langage universel, c’est dans sa transfiguration des écritures du monde, de leurs mémoires et de leurs espoirs visibles et cachés, que Nikita Collienne l’exprime.

« Comme une porte que je passe à chaque fois que je dessine ou que je peins, c’est la recherche d’un équilibre dans mon propre univers intérieur, qui participe aussi à la quête d’un équilibre universel partagé ». Être à l’écoute de la part de chaos en soi et affronter la vision du chaos du monde. Y puiser de l’inspiration qui conjugue liberté et responsabilité, pour offrir des signes, des pistes d’un Kosmos qui incite au dépassement de soi. J’ai envie d’offrir aux gens des émotions et des traces qui relient, qui donnent de l’espoir, de la force ».

En s’imprégnant et s’inspirant des écritures et de leurs mondes rencontrés au cours de ses voyages, Nikita Collienne transfigure l’alphabet latin. « Chercher à créer une écriture, c’est chercher à laisser une trace personnelle unique comme dans l’esprit graffiti, tout en cherchant aussi à relier les gens, à créer des formes de langage universelles, qui peuvent parler à chacun ».

Unique et répété à l’infini sur ses œuvres, le mot Kosmos est au départ un choix qui plonge dans ses propres racines et ressentis intimes. « Mais c’est aussi un choix qui s’est imposé parce que j’ai pu élargir son sens au monde extérieur, aux autres. J’ai beaucoup cherché, expérimenté différents mots qui me parlaient. Puis le mot Kosmos s’est petit à petit imposé à moi, un Kosmos comme un univers symbiose du réel et de l’imaginaire, un idéal d’équilibre. C’est un mot facilement compris dans plusieurs langues. C’est un mot qui relie, qui réunit, qui élève. C’est un mot qui signifie aussi une recherche d’ordonnancement et de mise en sens ». Pourquoi avec un K ? pour la puissance graphique de la lettre K, le lien personnel avec son prénom Nikita, et celui avec le grec ancien à l’origine du mot.

« Il y a mon regard, perpétuellement en éveil sur les images du dehors et du dedans. Un aller-retour permanent ». Et puis le temps. Beaucoup de temps à chercher, essayer, recommencer, peaufiner méticuleusement, obsessionnellement parfois.
Du temps à douter aussi, à laisser au repos. « Et puis d’un coup, ça y est, ça sort tout seul. Pour mes peintures, c’est comme un jet d’énergie créatrice, c’est à la fois brut et précis, instinctif et rapide. Et ce qui sort du geste de la main est une surprise et une évidence à la fois ».

Jeune adolescent, c’est dans la rue, la bombe à la main, que Nikita Collienne a été pêcher la culture du graffiti. Un terreau que son intérêt pour l’art de la calligraphie et la typographie a enrichi et ouvert à la richesse du caligraffiti contemporain. « Je suis aussi admiratif qu’inspiré par des artistes aussi divers que Hassan Massoudy ou El Seed, Raphael Sliks ou Pokras Lampas, Djamel Oulkadi ou Sozyone Gonzalez, Eugène Delacroix ou Pablo Picasso ».

Métal, bois, papier, toile, peau, cuir et évidemment murs aux multiples textures, il a expérimenté de nombreux supports, avec une attirance pour les matériaux de récupération. Comme les chutes de Dibond, de l’alu composite qu’il récupère dans les poubelles de l’impression digitale. « C’est une question de cohérence avec un souci d’économie de moyens dans ma vie en général. C’est aussi l’idée de transformer, de transfigurer, que j’applique à la fois à la ligne de l’écriture que je tra- vaille et au support sur lequel cette écriture s’inscrit. Que ce soit le contenu ou le contenant, rien ne se perd, tout se transforme. Tout est à la fois mémoire et avenir possible. Privilégier les matériaux de récupération comme supports, c’est à la fois une contrainte qui booste ma créativité et un souci d’écologie qui rajoute du sens à mon travail ».

(*Les citations sont extraites de « l’interview pour en savoir plus »)