Interview

L’INTERVIEW QUI EN DIT PLUS.... (2018)

 

Comment t’es venu ce goût de l’expression plastique et en particulier du dessin ?

« Je dessine depuis que je suis tout petit. Instinctivement, j’en ai profondément besoin. Que ce soit un paysage, une image, un logo, mon regard voit des formes et des lignes dans tout, tout le temps et partout. Quand je vois quelque chose, j’essaie toujours de voir comment c’est construit, pour pouvoir le redessiner. Il y a cet aller-retour permanent entre ce que je vois au-dehors, et ce que je vois en-dedans de moi. Et puis ce regard ressort par ma main, ça part d’un point, ça fait une ligne, et puis un dessin. Et ça ne s’arrête jamais ».

Quel est le cœur de de ta démarche artistique ?

« L’essence de mon travail, c’est la recherche de l’équilibre graphique, de la beauté, et surtout de l’harmonie. Comme une porte que je passe à chaque fois que je dessine, c’est la recherche d’un équilibre dans mon propre univers intérieur, qui participe aussi à la quête d’un équilibre universel partagé ».

Comment se déroule ton processus de création ?

« Il y a mon regard, perpétuellement en éveil sur les images du dehors et du dedans. Et puis, il y a le temps qui alimente le processus de création. Beaucoup de temps à chercher, essayer, recommencer, peaufiner méticuleusement, obsessionnelle- ment parfois. Du temps à douter aussi, à laisser au repos. Et puis d’un coup, ça y est, ça sort tout seul. Pour mes pein- tures, c’est comme un jet d’énergie créatrice, c’est à la fois brut et précis, instinctif et rapide. Et ce qui sort du geste de la main est une surprise et une évidence à la fois ».

Quelles sont les influences qui ont marqué ton travail sur les lettres et les mots ?

« Au départ, le graffiti a joué un rôle majeur. Tout jeune adolescent, j’ai été pêcher cette culture du graffiti dans la rue. Puis je l’ai enrichie par mon intérêt pour l’art de l’écriture qu’est la calligraphie, pour la typographie, et petit à petit pour toute la richesse de l’univers du caligraffiti contemporain. Je suis aussi admiratif qu’inspiré par des artistes aussi divers que Hassan Massoudy ou El Seed, Raphael Sliks ou Pokras Lampas, Djamel Oulkadi ou Sozyone Gonzalez, Eugène De- lacroix ou Pablo Picasso.

 


Comment t’es-tu formé aux différentes techniques que tu pratiques ?


« J’expérimente, je recommence, je répète et je recommence encore, avec des techniques et des supports très divers. J’ai fait du graffiti, notamment au sein d’un collectif bruxellois, mais aussi du dessin académique, du dessin automatique. Que ce soit du travail à la main ou du dessin vectoriel, de l’abstrait ou du réaliste, j’ai exploré beaucoup de directions. J’ai pio- ché dans diverses formations en écoles artistiques, du dessin à l’infographie en passant par la peinture. Mais je suis avant tout un autodidacte qui fonctionne de façon indépendante, en puisant beaucoup dans les situations et les rencontres du quotidien ».

Tu évoques la diversité des supports. Quelle place attribues-tu au support dans ta démarche ?

« Que ce soit sur métal, bois, papier, toile, peau, et évidemment murs aux multiples textures, j’ai expérimenté beaucoup de supports différents. Les matériaux de récupération m’attirent en particulier. J’aime beaucoup par exemple travailler sur des chutes de Dibond, de l’alu composite que je trouve dans les poubelles du secteur de l’impression digitale. C’est une question de cohérence avec un souci d’économie de moyens dans ma vie en général. C’est aussi l’idée de transformer, de transfigurer, que j’applique à la fois à la ligne de l’écriture que je travaille et au support sur lequel cette écriture s’inscrit. Que ce soit le contenu ou le contenant, rien ne se perd, tout se transforme. Tout est à la fois mémoire et avenir possible. Privilégier les matériaux de récupération comme supports, c’est à la fois une contrainte qui booste ma créativité et un souci d’écologie qui rajoute du sens à mon travail ».

Dans ce travail sur les formes graphiques, pourquoi cette place donnée à la création d’écriture ?

« Je vois l’écriture comme une architecture graphique, faites de lignes, de points, de pleins et de vides. Témoin de l’es- pace et du temps qui passe, l’écriture est une mémoire, une trace, un moyen de communication. Dans l’écriture, il y a ce qui se voit et ce qui se devine, la lumière et le mystère à la fois, avec la part des langages muets et secrets que portent aussi les écritures. Chercher à créer une écriture, c’est pour moi chercher à laisser une trace personnelle unique comme dans l’esprit graffiti, tout en cherchant aussi à relier les gens, à créer des formes de langage universelles, qui peuvent parler à chacun.

Mon écriture plonge dans l’encre de mon histoire mêlée à l’histoire du monde. Je veux dire par là que ma démarche de création d’écriture est le fruit de mon histoire personnelle, qui s’entremêle avec les empreintes d’autres regards, d’autres cultures, d’autres histoires, d’autres vies, d’autres singularités au sein d’un seul monde ».

Pourquoi le choix du mot Kosmos ?

« Au départ, c’est un choix qui vient de mon histoire, mes propres racines et ressentis intimes. Mais c’est aussi un choix qui s’est imposé parce que j’ai pu élargir son sens au monde extérieur, aux autres.
J’ai beaucoup cherché, expérimenté différents mots qui me parlaient. Puis le mot Kosmos s’est petit à petit imposé à moi, un Kosmos comme un univers symbiose du réel et de l’imaginaire, un idéal d’équilibre. C’est un mot facilement compris dans plusieurs langues. C’est un mot qui relie, qui réunit, qui élève. C’est un mot qui signifie aussi une recherche d’ordon- nancement et de mise en sens ».

Pourquoi Kosmos avec un K ?


« La lettre K a une forte puissance graphique. Il y a aussi le lien personnel avec le K de mon prénom Nikita, et puis le lien avec le K en grec ancien à l’origine du mot.

En tant qu’artiste, quel objectif donnes-tu à ton avenir ?

« Etre artiste pour moi, c’est à la fois une attitude et un choix de vie. C’est donner du sens à chacun de ses actes, dans la relation à soi-même, dans la relation entre les humains, et dans la relation entre nous les humains et notre planète. Par cette philosophie de vie et par le partage des créations qui en découlent, c’est prendre sa responsabilité dans la société, participer à la recherche et au combat pour plus d’équilibre, contribuer à construire un sens commun.
Cela veut dire à la fois être à l’écoute de la part de chaos en moi et affronter la vision du chaos du monde. Y puiser de l’inspiration qui conjugue liberté et responsabilité, pour offrir des signes, des pistes d’un Kosmos qui incite au dépasse- ment de soi. J’ai envie d’offrir aux gens des émotions et des traces qui relient, qui donnent de l’espoir, de la force.

Je compte encore voyager, partir à la découverte de nouveaux espaces, de nouvelles vibrations, continuer à explorer l’incroyable diversité des cultures et de leurs écritures. M’en inspirer pour nourrir ma recherche de création d’écritures qui participent à redessiner le monde.
Je pense beaucoup aussi à développer des formes de partage et de transmission avec des plus jeunes. Je voudrais partici- per à les aider à oser s’exprimer, oser créer, oser explorer cette richesse qu’on a en soi mais qui semble parfois si décalée des attentes formatées du monde extérieur».